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Ahmed : le visage de la lutte des classes

Publié le par Parti de Gauche sur la 6ème circonscription de l'Essonne

"Notre vengeance sera le rire de nos enfants." (Our revenge will be the laughter of our children.) - Bobby SANDS

Ahmed : le visage de la lutte des classes
Ahmed : le visage de la lutte des classes

Alors que le train qui doit me déposer à la gare de Poissy commence à ralentir, de vieux souvenirs resurgissent des tréfonds de ma mémoire. Il me parait lointain le temps où je traversais le site de PSA à toute allure dans mon Paris – Évreux. C’était il y a une quinzaine d'année, plus vraiment ado, pas vraiment adulte, j'étais subjugué par la grandeur de cette usine qui s'étale sur des kilomètres : une ville dans la ville. Jamais je ne me serais imaginé que par un dimanche gris de 2013, sous un gouvernement qui se prétend de gauche, j'irais passer quelques heures auprès de sept syndicalistes de Sud Solidaires qui n'ont plus d'autre moyen que la grève de la faim pour revendiquer la simple application du Code du Travail.

Tout ça se passe à une centaine de mètres de la gare, aux pieds des deux tours de verre, style architecturale qui me donne l'impression d'un froid immense, déshumanisé, du pôle tertiaire de PSA. Quelques tentes qui ont fleuri sur le bitume. Quelques militants qui se sont rassemblés. Caché sur le parking de la gare routière, un véhicule de la Police Municipale. Elle partira avant que j'aie pu la prendre en photo. Il n'y a pas grand monde, mais je reconnais de loin quelques silhouettes de camarades rencontrés au gré des manifs et des luttes. Rapidement, on me présente Ahmed, un des piliers du piquet. Il a les traits tirés par la fatigue, mais je sens tout de suite la détermination qui l'anime, qui le tient debout. Je vois que face à moi, la lutte des classes a un visage ! « Viens, on va sous la tente, on pourra discuter tranquillement. » Nous nous dirigeons vers un petit barnum prêté par Sud La Poste, aménagé en petit salon.

Ahmed : le visage de la lutte des classes
Ahmed : le visage de la lutte des classes
Ahmed : le visage de la lutte des classes
Ahmed : le visage de la lutte des classes

Je lui précise que malgré mon petit cahier de note, je ne suis pas journaliste mais simple blogueur. « C'est pas grave, c'est sympa d'être là et de s'intéresser à nous, de parler de nous ». Le ton de cet ouvrier qui bosse à Poissy depuis 10 ans sur la chaîne de montage de PSA est cordial. Il est aussi le secrétaire de la section syndicale Sud locale. Avant d'attaquer sur les revendications, dont j'ai entendu parler mais que je ne maîtrise pas, je lui demande un petit point sur l'activité du site. Lui maîtrise par contre.

PSA Poissy, c'est 7000 employés, plus 1500 intérimaires environ, répartis en 5 équipes dont une de nuit. L'usine tourne donc 24h sur 24, 7 jours sur 7. Chaque équipe sort environ 300 véhicules par période de travail de 7h, ce qui fait en globalité 1500 véhicules par jours. Les modèles sont de segment B c'est à dire les citadines polyvalentes : la 208, la 208 GTI, la C3, la C3 Zénith, la DS3 et la DS3 cabriolet. Ces modèles sont des succès commerciaux : la 208 a été la voiture la plus vendue en 2012, la C3 est le modèle le plus vendu du groupe. Il n'y a aucun stock, tous les véhicules sont produits à la commande, qu'elle vienne de n'importe quel endroit dans le monde. Ahmed semble fier de voir des voitures sur lesquelles il a bossé partir en Australie.

Tout ça me semble plutôt pas mal, je lui demande donc les raisons de la colère. C'est simple : tout part des conditions de travail. « On nous sert l'excuse de la crise pour nous demander toujours plus d'efforts, alors que les modèles que nous sortons marchent bien ! » Avant l'annonce de la fermeture du site d'Aulnay, chaque équipe de Poissy sortait 260 véhicules par période de 7h. Pour arriver à 300, il n'y a pas eu d'embauches, les cadences ont été augmentées. La pause est de 8 minutes pour un poste de 7 heures, Ahmed regrette de voir des collègues à la fois pisser, fumer leur clope et manger un truc froid « pas le temps d'aller le réchauffer... » Des réunions exceptionnelles du Comité d'Entreprise décrètent des heures supplémentaires toutes les semaines, demandent régulièrement à des ouvriers de revenir appuyer l'équipe du week-end.

Vu la précarité ambiante, beaucoup accèptent, ils n'ont pas envie de se faire virer. Tant pis pour la vie de famille. Il me cite le cas de mères isolées qui au final perdent du pouvoir d'achat en frais de garde, de personnes qui habitent à plus de 100 bornes rentrer à pas d'heure parce que le cycle d'après midi qui doit normalement se finir à 20h12 est prolongé d'une voire deux heures. « Pourtant, s'il y avait vraiment la crise, on produirait moins au contraire, on nous demanderais pas tout le temps de faire des heures supplémentaires, une production délocalisée à Tarnava en République Tchèque n'aurait aussitôt été remplacée par une nouvelle ».

S'ajoute à tout ça que cette section ne peut exercer correctement son droit syndical, que leurs appels, comme celui au CHSCT d'une étude sur les risques psycho-sociaux, ne sont pas entendus. PSA a été condamné le 16 mai dernier à verser 70 000 € de dommages et intérêts à l’ancien secrétaire de SUD au titre de « discrimination syndicale » et de « harcèlement moral ». Pourtant, rien n'a changé. « Les autres syndicats, FO, la CFTC, la CFE / CGC, la CFDT font le jeu de la direction. Même la CGT locale est lâchée par sa base. ». Voilà pourquoi depuis 33 jours ces sept syndicalistes font la grève de la faim.

Alors que le gouvernement solférinien a accordé une aide l'année dernière au groupe PSA pour ses activités financières, alors que le chiffre d'affaire subit certes un ralentissement entre le 1er trimestre 2012 et le 1er trimestre 2013 mais restant supérieur à 13 millions d'Euros, nous voyons bien le mécanique d'austérité qui s'applique : demander toujours plus d'efforts aux salariés par le biais de « plans de redressement » et d'augmentation de la productivité. Et toujours en appui de cette logique, le discours du TINA cher aux libéraux : il n'y a pas d'alternative. C'est donc naturellement que le PG vient au soutien de ces salariés : lutter contre la précarité qui existe même chez les travailleurs, donner la priorité à l’emploi et la qualification et se battre contre toutes les formes de discrimination, y compris envers les syndicalistes, sont des points forts du programme du Front de Gauche qui reste plus que jamais d'actualité : pour l'Humain d'abord !

Le bonus musical : Léo FERRE - Thank you Satan

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